Etude "Visage de femme" - De Vinci

LE VERITABLE PORTRAIT DE LISA GHERARDINI (femme de Francesco del Giocondo) ?

THE REAL PORTRAIT OF LISA GHERARDINI (wife of Francesco del Giocondo)?

Les ressemblances entre un dessin des carnets de Léonard de Vinci et le portrait d'une jeune femme attribué à Domenico Ghirlandaio, laissent à penser que ce tableau pourrait être en réalité de la main de Léonard. Ce dessin serait une esquisse précédent la réalisation du tableau. Si cette hypothèse est exacte, la jeune femme représentée dans le style florentin, pourrait être Lisa Gherardini, la femme de Francesco del Giocondo, que le célèbre tableau Mona Lisa est sensé représenter.

The similarities between a drawing of Leonardo da Vinci's notebooks and the portrait of a young woman attributed to Domenico Ghirlandaio, suggest that this painting could actually be by Leonardo's hand. This drawing would be a sketch preceding the realization of the painting. If this hypothesis is correct, the young woman represented in the Florentine style, could be Lisa Gherardini, the wife of Francesco del Giocondo, whom the famous painting Mona Lisa is supposed to represent.

Visage de femme - Carnets de Léonard de Vinci

Woman's Face - Notebooks of Leonardo da Vinci

Ce dessin de Léonard de Vinci réalisé autour de 1495, représente une tête de femme de profil. Il s'agit d'une encre sur papier, appartenant aux manuscrits de Léonard de la collection royale de Windsor.

A première vue ce dessin peut sembler banal. La femme ne sourit pas et son visage n'attire pas plus l'attention. L'intérêt de ce dessin est ailleurs. Il renferme, en grande partie dans la chevelure, plusieurs dessins cachés imbriqués les uns dans les autres. Pour les découvrir il faut tourner le dessin dans tous les sens et concentrer son attention sur tout ce qui ressemble à un œil.

This drawing by Leonardo da Vinci made around 1495, represents a woman's head in profile. It is an ink on paper, belonging to Leonardo's manuscripts in the Royal Windsor Collection.

At first glance this drawing may seem banal. The woman does not smile, and her face does not attract attention either. The interest of this drawing lies elsewhere. It contains, largely in the hair, several hidden drawings nested in each other. To discover them you have to turn the drawing in all directions and focus your attention on everything that looks like an eye.

Une tête de bœuf ou de cerf regardant à droite, le cou tendu vers l'avant.

An ox or deer head looking to the right, neck stretched forward.

Tête de coq ou de Phoenix dans la chevelure.

Rooster or Phoenix head in the hair.

Visage d'un homme de profil aux cheveux longs, dégarni sur le front. Le marri de la jeune femme ou un autoportrait de Léonard de Vinci ?

Face of a man in profile with long hair, balding on the forehead. The young woman's husband or a self-portrait of Leonardo da Vinci?

Tête de chien ou de loup.

Dog or wolf head.

Forme de félin couché, tête à gauche.

Feline shape lying down, head on the left.

Tête de poisson.

Fish head

En assombrissant l'image on voit une face de félin (le museau et les yeux) en haut à droite du dessin (rotation de 90° à droite).

By darkening the image we see a feline face (muzzle and eyes) at the top right of the drawing (rotation of 90 ° to the right).

Un tableau en lien avec ce dessin - A painting related to this drawing

Un portrait de jeune femme attribué à Domenico Ghirlandaio, un peintre florentin contemporain de Léonard, pourrait être en lien avec ce dessin.

A portrait of a young woman attributed to Domenico Ghirlandaio, a Florentine painter contemporary of Leonardo, could be related to this drawing.

Il s'agit du portrait d'une jeune femme conservé au Musée Calouste-Gulbenkian, à Lisbonne. C'est un petit tableau 44cmx32cm réalisé "a tempera" sur bois.

This is the portrait of a young woman kept at the Calouste-Gulbenkian Museum in Lisbon. It is a small painting 44cmx32cm made "a tempera" on wood.

La famille Ghirlandaio tenait un atelier de peinture à Florence dans lequel travaillait Domenico, son frère Davide et son fils Ridolfo. Si l'on observe les autres portraits de femmes attribués à cet atelier, on remarque que même si l'angle de vue du personnage varie entre profil et trois-quarts, la posture reste identique. La tête du personnage est toujours dirigée selon un axe perpendiculaire aux épaules. Il n'y a pas de rotation de la tête, ce qui donne un aspect figé aux modèles. Les yeux pointent parfois vers le spectateur ce qui attenue un peu cette rigidité.

The Ghirlandaio family ran a painting studio in Florence in which Domenico, his brother Davide and his son Ridolfo worked. If we observe the other portraits of women attributed to this workshop, we notice that even if the angle of view of the character varies between profile and three-quarters, the posture remains the same. The head of the characters is always directed along an axis perpendicular to the shoulders. There is no rotation of the head, which gives a fixed look to the models. The eyes sometimes point to the viewer which attenuates this rigidity a little.

En revanche, Léonard de Vinci introduit une rotation de la tête du personnage dans la plupart de ses portraits, pour donner plus de naturel à la posture. On peut l'observer sur les portraits de la Dame à l'hermine et la Belle Ferronnière. Il le préconise dans les textes de ses carnets consacrés à la peinture.

On the other hand, Leonardo da Vinci introduced a rotation of the person's head in most of his portraits, to give more naturalness to the posture. It can be seen on the portraits of the Lady with an Ermine and the Belle Ferronnière. He advocates it in the texts of his notebooks devoted to painting.

Si l'on s'intéresse de près à la chevelure de la jeune femme, on remarque que les ondulations des cheveux dessinent le profil d'un homme barbu regardant vers la gauche.

Comme dans le dessin de Léonard, le peintre a voulu intégrer le profil d'un homme dans la chevelure de la jeune femme.

If we take a close look at the hair of the young woman, we notice that the undulations of the hair draw the profile of a bearded man looking to the left.

As in Leonardo's drawing, the painter wanted to integrate the profile of a man into the hair of the young woman.

La comparaison du dessin de Léonard et du portrait de Ghirlandaio montre plusieurs points de ressemblances. Les traits du visage sont assez similaires même si le personnage semble plus sérieux sur le profil de Léonard. Les deux femmes portent des coiffures identiques, dans le style florentin de l'époque. Des mèches tombent de part et d'autre du visage et l'arrière de la chevelure est attaché en chignon, recouvert d'un bonnet blanc.

The comparison of Leonardo's drawing and Ghirlandaio's portrait shows several points of similarity. The facial features are quite similar even if the character looks more serious on Leonardo's profile. Both women wore identical hairstyles, in the Florentine style of the time. Strands fall on either side of the face and the back of the hair is tied in a bun, covered with a white cap.

Elles ont toutes deux la tête légèrement tournée sur le côté bien qu'elles ne soit pas représentées sous le même angle de vue. Elles portent une robe assez simple avec un large décolleté. Enfin l'artiste a intégré le profil d'un homme barbu dans leur chevelure.

They both have their heads slightly turned to the side although they are not represented from the same angle of view. They wear a fairly simple dress with a wide neckline. Finally, the artist has integrated the profile of a bearded man into their hair.

Description du portrait de Lisa Gherardini par Vasari - Description of the portrait of Lisa Gherardini by Vasari

En 1550, le peintre et écrivain italien Giorgio Vasari décrit le portrait de Lisa Gherardini peint par Léonard, dont il rapporte qu'il serait exposé en France au château de Fontainebleau.

En cette tête, qui voulait voir combien l’art sait aisément imiter la nature, le pouvait aisément comprendre, car s’y trouvait contrefait tous les plus petits détails que l’on pouvait peindre avec finesse… Car les yeux avaient ce lustre, cette eau que l’on voit toujours chez les vivants. Et autour d’eux, étaient tous ces roses bleutés, les cils, qui ne se peuvent faire sans la plus grande finesse. Les sourcils, pour y avoir fait la manière dont les poils naissent de la chair, tantôt plus épais, tantôt plus rares, et celle dont ils se courbent selon les pores de la peau. Tout cela ne pouvait être plus naturel. Le nez, aux belles ouvertures, rose et tendre, semblait être vivant. La bouche était cette fente aux limites unies par le rouge des lèvres à l’incarnat du visage qui ne paraissait point couleur mais véritablement chair. Au creux de la gorge, quiconque regardait très attentivement voyait battre le pouls et l’on peut dire en vérité que cette œuvre fut peinte de manière à faire trembler et craindre tout valeureux artiste, quel qu’il fût. Il usa de cet artifice encore, Mona Lisa étant fort belle, que tandis qu’il la portraiyais, il faisait jouer ou chanter et avait continuel recours à des bouffons qu’ils la fissent demeurer gaie, afin de chasser la mélancolie que la peinture a coutume de donner aux portraits lorsqu’on les fait… Et en celui de Leonardo était un sourire si plaisant, que c’était œuvre à voir plus divine qu’humaine, et qu’elle était tenue pour merveille, pour ce que la vie ne se présente pas autrement.”

Cette description correspond assez bien à ce portrait aujourd'hui attribué à Ghirlandaio. Le terme "en cette tête" indique que le visage du personnage est l'objet principal du tableau. Ici le cadrage est effectivement assez resserré autour du visage. La jeune femme possède des cils et des sourcils et une expression plutôt souriante. Le rendu des traits du visage (les yeux et la bouche), ainsi que la chevelure est de grande qualité. C'est nettement supérieur aux autres portraits féminins de l'atelier de Ghirlandaio. La rotation de la tête révèle les muscles du cou en extension et les clavicules. Le collier de corail rouge est très réaliste. Le col de la robe est reproduit avec beaucoup de précision.

Cependant le reste de la robe manque de finition comme si l'artiste n'avait pas pu achever son œuvre. Vasari rapporte que Léonard, quatre ans après l'avoir commencé, n'avait toujours pas terminé le portrait de Lisa. Agostino Vespucci note en 1503 en marge d'un livre que Léonard a commencé le portrait de Lisa et qu'à la manière du peintre de l'antiquité Apelles, il a commencé par peindre sa tête.

Il est souvent rapporté par les historiens que de train de vie de la famille Del Giocondo était encore assez modeste en 1503 et n'avait pas forcément beaucoup d'argent à consacrer à une commande de tableau auprès d'un maître renommé. Ce tableau de petite taille, réalisé a tempera et non à l'huile, s'inscrit bien dans cette idée d'une commande de petite dimension pour un coût raisonnable, passée à Léonard par un voisin et ami de son père.

Lisa aura cinq enfants avec Francesco dont quatre meurent en bas âge entre 1497 et 1507. La jeune femme du portrait porte un collier de corail rouge réputé éloigner le mauvais sort (les décès d'enfants). Le voile transparent sur sa poitrine (un guarnello) indique qu'elle est enceinte, autant d'éléments pouvant correspondre à l'actualité de Lisa Gherardini autour de 1503.

In 1550, the Italian painter and writer Giorgio Vasari described Leonardo's portrait of Lisa Gherardini, which he reported would be exhibited in France at the Château de Fontainebleau.

"In this head, who wanted to see how art can easily imitate nature, could easily understand it, because there were counterfeited all the smallest details that could be painted with finesse... For the eyes had this luster, this water that we always see in the living. The mouth was that slit with the limits united by the red of the lips to the incarnate of the face which did not appear color but truly flesh. In the hollow of the throat, anyone who looked very carefully saw the pulse beating and it can be said in truth that this work was painted in such a way as to make any brave artist, whoever he was, tremble and fear. He used this artifice again, Mona Lisa being very beautiful, that while he portrayed her, he made her play or sing and had continual recourse to buffoons that they made her remain cheerful, in order to chase away the melancholy that painting is accustomed to give to portraits when they are made... And in Leonardo's was such a pleasant smile, that it was a work to see more divine than human, and that it was considered wonderful, so that life does not present itself otherwise."

This description corresponds quite well to this portrait now attributed to Ghirlandaio. The term "in this head" indicates that the face of the character is the main object of the painting. Here the framing is actually quite tight around the face. The young woman has eyelashes and eyebrows and a rather smiling expression. The rendering of the facial features (eyes and mouth), as well as the hair is of high quality. This is clearly superior to other female portraits in Ghirlandaio's studio. The rotation of the head reveals the extended neck muscles and clavicles. The red coral necklace is very realistic. The collar of the dress is reproduced with great precision.

However the rest of the dress lacks finish as if the artist had not been able to complete his work. Vasari reports that Leonardo, four years after starting it, still hadn't finished the portrait of Lisa. Agostino Vespucci notes in 1503 in the margin of a book that Leonardo began the portrait of Lisa and that in the manner of the painter Apelles, he began by painting her head.

It is often reported by historians that the lifestyle of the Del Giocondo family was still quite modest in 1503 and did not necessarily have much money to spend on a painting commission from a renowned master. This small painting, made in tempera and not in oil, fits well into this idea of a small order for a reasonable cost, placed with Leonardo by a neighbor and friend of his father.

Lisa had five children with Francesco, four of whom died in infancy between 1497 and 1507. The young woman in the portrait wears a red coral necklace reputed to ward off bad luck (child deaths). The transparent veil on her chest (a guarnello) indicates that she is pregnant, all elements that may correspond to the news of Lisa Gherardini around 1503.

CONCLUSION

Nous avons vu qu'il existe des ressemblances troublantes entre un dessin des carnets de Léonard de Vinci représentant une jeune femme de profil et un tableau de jeune femme attribué à Domenico Ghirlandaio, conservé au Musée Calouste-Gulbenkian de Lisbonne. La présence d'un visage d'homme subtilement inclus dans la tête de la jeune femme sur les deux portraits nous conduit à penser que ce tableau pourrait être de Léonard de Vinci et non pas de Ghirlandaio, peu habitué à cacher des dessins dans ses œuvres. Le dessin des carnets serait alors une esquisse préparatoire au tableau. Le degré de finition des traits du visage de la jeune femme, ainsi que la position de sa tête en rotation par rapport aux épaules sont des indices qui vont dans le sens d'une attribution à Léonard. En effet les portraits de femme produits par l'atelier de Ghirlandaio présentent des personnages dans des postures plus rigides, la tête toujours orientée perpendiculairement aux épaules. En revanche Léonard explique dans ses notes que la rotation de la tête du modèle apporte plus de naturel à un portrait. On peut l'observer sur la Dame à l'hermine et la Belle ferronnière. Ce tableau correspond bien à la description que Vasari fait du portrait de Mona Lisa, ce qui n'est pas le cas de la Joconde du Louvre. Si ce portrait d'une femme florentine est bien l'œuvre de Léonard de Vinci, il pourrait correspondre au portrait de Lisa Gherardini, femme de Francesco del Giocondo. La Joconde du Louvre serait une représentation de Sainte Catherine d'Alexandrie sous les traits de Catherine Sforza.

We have seen that there are many similarities between a drawing in Leonardo da Vinci's notebooks depicting a young woman in profile and a painting of a young woman attributed to Domenico Ghirlandaio, kept at the Calouste-Gulbenkian Museum in Lisbon. The presence of a man's face subtly included in the head of the young woman on the two portraits leads us to think that this painting could be by Leonardo da Vinci and not by Ghirlandaio, unaccustomed to hiding drawings in his works. The drawing of the notebooks would then be a preparatory sketch for the painting. The degree of finish of the facial features of the young woman, as well as the position of her head in rotation relative to the shoulders are clues that go in the direction of an attribution to Leonardo. Indeed, the portraits of women produced by Ghirlandaio's workshop present characters in more rigid postures, their heads always oriented perpendicular to the shoulders. On the other hand, Leonardo explains in his notes that the rotation of the model's head brings more naturalness to a portrait. It can be seen on the Lady with an Ermine and the Beautiful Ferronnière. This painting corresponds well to Vasari's description of the portrait of Mona Lisa, which is not the case with the Mona Lisa in the Louvre. If this portrait of a Florentine woman is indeed the work of Leonardo da Vinci, it could correspond to the portrait of Lisa Gherardini, wife of Francesco del Giocondo. The Mona Lisa of the Louvre would be a representation of Saint Catherine of Alexandria in the guise of Catherine Sforza.