Etude "Madone Benois" - De Vinci
Histoire du tableau
Il est probable que la Madonna Benois (ou Madonna col Bambino) ait été le premier travail exécuté par Léonard comme peintre indépendant de son maître florentin Andrea del Verrocchio. Il aurait été peint entre1478 et 1482 à Florence. Ce tableau est actuellement au musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Il a appartenu à Charles II d’Amboise, nommé gouverneur de Milan en 1507 par Louis XII à l'époque ou Léonard y résidait. Il a pu l'acquérir à cette occasion. Ce tableau dont on a longtemps perdu la trace a été redécouvert en 1909 quand l’architecte Léon Benois l’a exposé à Saint-Pétersbourg. Il porte encore les armoiries de Charles d’Amboise sur son cadre d’origine.
Description
Il représente deux personnages, Marie et Jésus, qui sont positionnés sur la toile de manière que le centre de la composition soit la fleur avec laquelle ils jouent. Une des sources de lumière provient d’une fenêtre disposée à droite, visible dans le fond du tableau. La vierge, très jeune et joyeuse contraste avec le regard sérieux de l'enfant, qui contemple la fleur. Léonard crée ici une scène réaliste et intimiste, proche de la vie quotidienne. Même si les personnages portent encore des auréoles pour signifier leur caractère sacré, le peintre met en avant l'humanité des personnages. Une toute jeune mère (on se mariait à 15 ans à l'époque) joue avec son bébé sur ses genoux. On oublierait presque qu'il s'agit de la Vierge et du Christ.
Le tableau ne semble pas totalement achevé : des parties du vêtement paraissent à l’état de sous-couches. Certains endroits ont été repeints : le ciel que l’on voit par la fenêtre, le tour de la bouche, le cou de la Vierge ainsi que le fond noir. Les lèvres des personnages apparaissent curieusement noires, en raison de traits foncés. Soit la couleur rouge n'a pas été posée par le peintre, soit elle a noirci car instable au cours du temps.
Dessins préparatoires
Il existe deux études préparatoires de ce tableau que l'on retrouve dans les carnets de Léonard et qui sont conservées au British Museum (Londres). L'enfant est en mouvement sur les genoux de la Vierge, cherchant à attraper quelque chose.
Image infrarouge
Sur cette image infrarouge du tableau, on découvre des différences par rapport à la peinture finale. On voit ainsi un état antérieur de l'œuvre qui nous permet en le comparant avec la version actuelle, de comprendre l'évolution des choix de l'artiste. L'infrarouge ne permet cependant pas de voir toutes les étapes successives de création d'un tableau, mais elle nous donne des indices intéressants. On repère ainsi plusieurs types d'animaux discrètement dessinés dans l'image.
On remarque une colombe dans les plis du tissu que la Vierge tient de sa main gauche. La colombe est le symbole du saint esprit. On ne retrouve pas ce dessin sur le tableau final.
Une tête de poisson, symbole des premiers chrétiens, trouve sa place dans ce tableau pour évoquer Jésus Christ descendu sur terre pour sauver l'humanité.
En couleur, sur le tableau actuel, le poisson se confond mieux avec le tissu qui est de couleur bleu, comme l'eau dans laquelle il évolue dans la nature. Sans l'image infrarouge plus nette, cet indice serait surement passé inaperçu.
Un petit chat couché en boule, marqué du signe de la croix sur son dos, se repose discrètement sous l'enfant. Le chat est le symbole du mal ici conjuré par la croix. Cette idée n'a pas été reprise dans le tableau final où le chat a été remplacé par un coussin.
Etude de chats des carnets de dessins de Léonards de Vinci.
Une seconde tête de poisson est visible en bas à droite du tableau dans les plis du drapé. Sur le tableau final cette partie est trop sombre pour y voir quoi que ce soit.
Les dessins cachés du tableau final
En retournant le tableau de 180°, une tête de cerf avec les bois en feu apparait. Dans l'iconographie médiévale, notamment les récits de la vie des saints, le cerf est le symbole du Christ ou son envoyé. Il représente le médiateur entre la terre et le ciel.
On repère une forme de taureau dans l'ombre de sa manche droite. Le taureau est le symbole de la force créatrice, de la fertilité.
Le symbole des fleurs
Au centre du tableau, l'artiste a représenté deux fleurs se reflétant dans le bijou sur la robe de la Vierge. Elles ressemblent à des giroflées, une petite fleur à quatre pétales mauves (il existe plusieurs couleurs) qui pousse dans le sud de l' Europe et symbolise un amour constant, stable et fidèle, comme celui de la vierge pour Jésus, puisqu'elle l'accompagnera jusqu'à la fin de sa vie terrestre. C'est aussi une fleur de la catégorie des crucifères, elle peut symboliser la croix et préfigurer le destin du Christ. Ceci expliquerait la grise mine de l'enfant en regardant les fleurs.
Conclusion
Dans ce tableau Léonard a voulu présenter une image moderne du thème traditionnel de la Vierge et l'enfant. On découvre une Marie jeune et souriante qui joue avec son bébé en lui faisant découvrir des fleurs. Celles-ci préfigurent le destin du Christ en symbolisant la croix mais aussi l'amour fidèle que Marie vouera toute sa vie à Jésus puisqu'elle sera présente lors de sa crucifixion. Les poissons nous disent que le Christ est venu pour sauver les hommes. La colombe représente l'esprit de dieu, le cygne nous renseigne sur la pureté de la Vierge, le taureau et le cheval sur sa fertilité. Le chat nous rappelle que Jésus est venu pour combattre le démon. Enfin le cerf exprime que le Christ est le médiateur entre la terre et le ciel, dieu fait homme. Ainsi dès ses premiers tableaux en tant que peintre indépendant, Léonard de Vinci, met en avant le naturel des personnages et utilise largement la technique des dessins cachés qu'il semble déjà maîtriser au plus haut point.