Etude "Vierge et l'enfant" - G.A. Boltraffio

Présentation

Ce tableau de Giovanni Antonio Boltraffio représente la Vierge allaitant l'enfant Jésus. Boltraffio (1467-1516) a travaillé à Milan aux côtés de Léonard de Vinci. L'œuvre s'inscrit dans la tendance amorcée par Léonard de faire ressortir l'humanité des personnages dans les tableaux religieux. Les symboles apportant du sens à la composition sont relégués au second plan. Ils sont distribués dans le décor avec discrétion et subtilité.

En premier lieu, on remarque que les signes de divinité sont plus discrets que dans les représentations traditionnelles. L'auréole de la vierge semble faire parti des motifs brodés sur le rideau. Quelques rayons dorés entourent la tête de l'enfant Jésus.

La composition du tableau est originale. Un rideau central masque en grande partie le paysage et fait ressortir les personnages centraux. Les deux bandes latérales qui laissent entrevoir le paysage forment comme deux colonnes. C'est l'inverse de la composition de la Joconde, un paysage encadré par des colonnes.

Le peintre nous présente la scène réaliste d'une mère donnant le sein à son enfant, lui s'accrochant à elle d'une main et elle le tenant par les pieds et le corps. L'humanité qui se dégage de cette scène est renforcée par le haut de sa robe en velours rouge, évoquant un être de sang, et son regard bienveillant sur l'enfant.

Vierge à l'enfant - Boltraffio (London National Gallery)

Ce regard bienveillant se retrouve dans cette esquisse d'un visage de femme de Boltraffio, supposée représenter Isabelle d'Aragon (Duchesse de Milan) en Sainte Barbara.

Les symboles de royauté

Le thème de la royauté est évoqué à travers deux éléments. D'une part la richesse des vêtements de la vierge et de l'enfant et d'autre part sa position assise devant cet imposant rideau qui donne l'impression qu'elle se tient sur un trône. Marie est souvent désignée dans les textes religieux comme le "trône de la sagesse divine".

Sur ce tableau de Jan Van Eyck, la vierge est représentée assise sur le trône richement décoré d'un château fort médiéval.

Vierge de Lucques - Jan Van Eyck


On reconnait les créneaux d'une tour de château fort sur la gauche. On retrouve ici le style de Léonard de Vinci qui cherche à suggérer les éléments de contexte (le château fort, le trône) sans les représentés complètement. On comprends qu'il ne souhaite pas que ces éléments symboliques prennent le dessus sur les personnages.

Les symboles du sacrifice

L'enfant représente le corps du Christ. Il est posé sur les genoux de la Vierge comme sur un autel. Nous allons voir que plusieurs éléments graphiques, évoquant le thème du sacrifice, ont été ajoutés dans l'image.


Des épis de blé, brodés sur le rideau vert, rappellent le pain de l'eucharistie donc le sacrifice du corps du Christ. La symbolique est complexe. La vierge nourrit de son sein l'enfant Jésus, dont le corps nourrira les hommes. L'enfant est posé perpendiculairement à l’axe du corps de Marie. La position des deux personnages forme une croix. La couleur verte du rideau symbolise le destin, les œuvres accomplies pour la régénération de l’âme en langage religieux.

Sur les épis de blé des lettres sont inscrites : "AVE MA". Une allusion claire à la formule "Ave Maria".

Le motif des cercles, au milieu d'une croix, entourés de rayons se retrouve sur les Ostensoirs, les coupes servant à donner les hosties aux fidèles. Encore un symbole du corps du Christ donné en nourriture aux hommes pour la rémission des pêchers.

Les têtes de Cerfs

La jupe très sombre de la Vierge cache plusieurs dessins. Lorsqu'on éclaircit l'image, des formes se révèlent dans les plis de la jupe. En faisant pivoter le tableau on découvre plusieurs représentations de têtes de cerfs. On peut supposer que les couleurs s'étant assombries avec le temps, ces dessins étaient probablement plus facilement visible à l'époque de la réalisation du tableau. Dans l'iconographie médiévale, notamment les récits de la vie des saints, le cerf est le symbole du Christ ou son envoyé. Il représente le médiateur entre la terre et le ciel.

Tête de cerf dans la jupe à l'endroit.

Seconde tête de cerf dans la jupe regardée de travers.

Troisième tête de cerf dans la jupe regardée à l'envers.

Autres symboles

On trouve deux autres dessins plus ou moins cachés de part et d'autre des personnages.

LE CHAT

Un chat assis est dessiné sur le bord gauche du tableau. Il faut regarder le tableau de travers. Le chat est traditionnellement le symbole du mal. Il est placé à gauche, côté symbolique du passé dans les tableau. Jésus est venu sur terre pour lutter contre les forces du mal.

LE VIEL HOMME

Côté droit, en regardant le tableau à l'envers, on devine un personnage barbu de profil avec une grande cape verte. S'agit-il de Joseph ? Le peintre aurait-il voulu évoquer la sainte famille ? A moins qu'il ne représente Dieux le père dont le règne est attendu dans le futur, le côté droit du tableau.

Comment interpréter la tâche de lumière jaune éclairant sur son œil gauche ? Il s'agit d'un effet volontairement ajouté par le peintre. Son visage semble ainsi partagé en deux. Le côté droit éclairé par la lumière du jour et le gauche, dans l'ombre, éclairé par une lumière jaune comme celle d'une bougie.

Conclusion

Cette œuvre exprime clairement le rôle de l'enfant Jésus, venu sur terre par la vierge Marie pour donner son corps en sacrifice aux hommes afin de guérir l'humanité du pêcher. Le peintre utilise toute une panoplie de symboles classiques pour évoquer : le pêcher (le chat), le sacrifice (l'autel, la croix), l'eucharistie (le blé et l'ostensoir), la royauté (le trône, le rideau, les vêtements) et le rôle du Christ, envoyé de Dieu (les cerfs). L'originalité de la composition, inverse de la Joconde, la quantité de dessins cachés et de références symboliques laisse à penser que Léonard de Vinci a fortement contribué à l'élaboration de ce tableau même s'il n'a peut-être pas participé directement à sa mise en peinture.